#CILE2015 Chauki Lazhar "The Gender Issue: Towards an Alternative Islamic Discourse"

#CILE2015 Les Participants

 

>> 3e Conférence Annuelle Internationale du CILE, Bruxelles, mars 2015 <<

 

Biographie

Chauki Lazhar (né en Belgique en 1980) est actuel- lement Directeur-adjoint du Centre de Recherche sur la Législation Islamique et l’Éthique (CILE) à l’Université Hamad Bin Khalifa, Qatar. Il est égale- ment membre de l’Union Internationale des Savants Musulmans (UISM) et professeur de Sciences islamiques appliquées à l’Institut CIET de Gand, Belgique et à l’Institut Ibn Taymiyya en France. Il a étudié les sciences islamiques en France de 2003 à 2010 à l’Institut Européen des Sciences Humaines de Château-Chinon à Paris, où il a aussi mémorisé l’intégralité du Coran. Il a obtenu sa licence de Sharia et Théologie avec mention très bien et son master en Fiqh et Usûl al-Fiqh avec mention excellent. Il est actuellement doctorant en Jurisprudence et Objectifs supérieurs de la Sharia.

Chauki Lazhar a enseigné dans plusieurs instituts en Belgique et en France depuis 2007. En 2012, il était maître de conférences en Sciences islamiques au Group T. International University College de Louvain, Belgique. Il a enseigné un grand nombre de cours allant du droit musulman à la théologie, à l’exégèse coranique (Tafsir), aux fondements du droit et de la jurisprudence islamiques (Usûl al-Fiqh), aux objectifs de la législation islamique et aux études sur le Coran et les hadîth. Chauki Lazhar travaille sur de nombreux thèmes de recherche dans le domaine des études islamiques, en particulier la théologie musulmane, la spiritualité, le droit et la pensée.

 

Titre de la conférence (Panel "Questions du genre")

La question du masculin et du féminin : vers un discours islamique alternatif

 

Résumé

La question des rapports hommes-femmes n’a pas reçu une grande attention de la part de la pensée islamique ancienne ; il est difficile de trouver un auteur qui se soit consacré à l’étude de cette question et à plus forte raison à celle du masculin et du féminin. Or, si l’on peut considérer que les savants anciens n’avaient pas besoin de débattre et de poser les fondements intellectuels d’un grand nombre de questions de leur temps, tellement ils en avaient une perception intuitive de par leur imprégnation des principes, valeurs et objectifs de l’islam ; on peut dire inversement que leur manière d’aborder la question des rapports hommes-femmes et du masculin et du féminin était façonnée par les présupposés de leur temps plus que par les principes et les enseignements islamiques. Plus encore, les textes ont souvent été utilisés pour justifier la situation de leur époque et lus à travers le prisme des conceptions courantes sur les femmes et les hommes.

Alors que la pensée islamique a su prendre le dessus sur un grand nombre de questions et de réalités ancrées dans le contexte historique pour les remodeler en fonction des valeurs et des principes de l’islam, on peut dire que ce sont la situation des rapports hommes-femmes et les présupposés à leur sujet qui ont pris le dessus sur la pensée islamique. Par conséquent, les rapports hommes-femmes dans le contexte de l’histoire n’étaient pas fondés sur les principes islamiques relatifs à cette question, mais c’est la pensée islamique relative à la situation des femmes et des hommes qui s’est construite sur la base des présupposés de ce contexte. Ceci est à rapprocher de ce qu’a dit Malek Bennabi à propos de la pensée politique dans le patrimoine islamique. On peut également dire la même chose de questions telles que l’esclavage ou d’autres questions où les pressions du contexte historique ont pesé sur la pensée et le discours religieux.

Les savants et penseurs contemporains auraient pu consacrer leurs efforts à faire le tri dans le patrimoine de la pensée islamique sur cette question pour distinguer ce qui relève réellement de l’islam de ce qui a été introduit, revenir aux textes de la révélation pour reformuler le discours et dégager les principes et les valeurs encadrant la juste compréhension de la question des rapports hommes-femmes ; tout cela sur la base d’une méthodologie rigoureuse. Or, la pensée islamique contemporaine a pris d’autres directions et s’est retrouvée partagée entre des tendances modernistes qui à leur tour appliquent artificiellement aux textes les présupposés du contexte de cette nouvelle époque, voire vont jusqu’à rejeter certains textes sans motif valable. Des tendances traditionnalistes qui défendent les lectures anciennes et des tendances apologétiques qui glorifient l’islam et critiquent la modernité occidentale sans présenter de lecture nouvelle authentique et cohérente. C’est ainsi que les efforts visant à formuler un discours alternatif fermement ancré dans les textes demeurent un discours marginal.

On perçoit donc l’importance des efforts requis pour formuler ce nouveau discours. Il ne s’agit pas simplement de rejeter certaines lectures anciennes ou d’apporter certaines idées, mais bien de reconsidérer sérieusement le corpus jurisprudentiel et exégétique en particulier, ainsi que les textes abordant les rapports entre les femmes et les hommes en général. Un discours islamique alternatif, quel qu’il soit, ne peut se permettre d’ignorer le corpus historique et les textes sources de la sharia et ce, pour deux raisons essentielles : d’une part, le discours islamique alternatif ne peut être formulé qu’au moyen d’une relecture des textes de la révé- lation s’appuyant à la fois sur une méthodologie synthétique et sur le patrimoine intellectuel islamique car le discours ne peut être islamique qu’en se basant sur les textes de l’islam. De plus, la lecture des savants anciens fournit des critères méthodologiques quant à la prise en compte de la nature sémantique, stylistique et structurelle du texte. D’autre part, tout discours se présentant comme alternatif au discours ancien est voué à l’échec tant qu’il n’aura pas réfuté preuves à l’appui l’importante quantité de textes fondés essentiellement sur une lecture patriarcale. Une approche contredisant ou ignorant les textes ou leur faisant dire ce qu’ils ne disent pas ne saurait représenter un discours islamique alternatif, hormis peut-être dans certains milieux universitaires restreints.

Sur le plan méthodologique, la lecture patriarcale ancienne n’a pas été produite par l’application des règles de l’exégèse et des fondements de la jurisprudence, traditionnellement mises en œuvre dans la pratique de l’ijtihad. On ne peut pas trouver un seul exemple où l’une de ces règles aurait été à la source des compré- hensions et des idées patriarcales préjudiciables aux femmes. C’est au contraire la non-application de ces règles – sous l’effet de la domination des présupposés et des conceptions courantes de l’époque ou pour toute autre raison – qui a donné lieu à un grand nombre de ces lectures. De ce fait, le point de départ méthodologique de la lecture alternative ne réside pas dans la destruction de la construction méthodologique ancienne, comme le réclament certains : il s’agit bien plutôt, avant tout, de mettre en application les règles des fondements de la jurisprudence puis de compléter et de rectifier la construction méthodologique ancienne pour aboutir à une méthodologie synthétique intégrale apte à traiter les cas de détail à travers le cadre – fondé sur la doctrine, les objectifs de la législation et l’ensemble des sciences – dans lequel ils s’inscrivent. Nous évoquerons dans cette communication un certain nombre de points-clés quant à la méthodologie de la lecture alternative requise.  

 

Vidéo 

(Voix Française Originale à partir de la 20e min)

 

Discours d'ouverture

 

 

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